Compte rendu détaillé de fOSSa 2012 (part 1)

Voici un compte rendu détaillé du track éducation de la conférence fOSSa qui s’est tenu du 4 au 6 décembre 2012 à Lille.

Le track éducation était divisé en 3 parties : une demie journée de présentation d’expériences passées ou en cours par des enseignants ; quelques heures de discussions/réflexions sur quels usages des technologies libres, dans l’enseignement supérieur et quels rapports avec le monde industriel ; présentation de différents projets libres (Apache, Debian, Gnome, Mozilla) et de leur collaboration passées avec des établissements du supérieur ainsi que les réflexions des membres de ces mêmes projets sur les possibles coopérations dans le futur.

Dans cet article se trouve le résumé de la première partie. Les deux autres parties seront résumées dans les jours à venir.

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Photo Hélène Xypas @elliebarjo

Nous avons eu des présentations sur le sujet de la part de Cyril Fonlupt du Master I2L à l’université du Littoral, Didier Courtaud du MIAGE de l’université d’Evry et Karine Mordal de la Licence informatique de l’université Paris 8. Mathieu Nebra — fondateur du Site du Zéro a fait une présentation du projet et de la plate-forme d’enseignement CLAIRE développée par sa société. Jean-Pierre Archambault et Colin De La Higuera ont terminé cette matinée par des réflexions sur l’évolution de l’enseignement de l’informatique dans le secondaire et le supérieur.

Présentation de Cyril Fonlupt

Cyril a commencé en présentant l’évolution du diplôme pendant les dernières années.

Cyril > Il y a toujours des collègues qui posent la question “Alors qu’est-ce que rapporte le fait que vous utilisez des logiciels libres (par rapport aux logiciels proprio) pour un cours”.
Cyril > Les industriels locaux ont été un des facteurs pour la création du diplôme (ils ont témoigné de leurs besoins).
Cyril > Forte implication des professionnels pour les cours (50% des cours de deuxième année sont assurés par des intervenants externes).
Cyril > Le master est divisé en axes. La première année du master est en tronc commun. Les cours sur des technos libres sont en deuxième année.
Cyril > Les étudiants administrent seuls la salle d’informatique qui leur est dédiée.
Cyril > On essaye d’intégrer la dimension communautaire quand on attribue les projets.
Cyril > 100 % des étudiants sortants trouvent un poste (50 % en SSII, 25% en SSLL, 25% en PME/PMI)
Cyril > depuis 2012 le master est ouvert en apprentissage.
Cyril > Malheureusement on observe une baisse des effectifs dans ce master (raisons multiples).
Cyril > Au lancement du master des étudiants venaient de toute la France. De moins en moins le cas. Difficile d’avoir des prévisions.
Cyril > Étudiants beaucoup moins sensibilisés aux questions des logiciels libres.
Cyril > Sur la pédagogie : il faut s’adapter à la demande et à l’évolution des logiciels libres.
Cyril > Le fonctionnement en mode “projet” est un point très important et particulier à ce master.
Cyril > Cela permet aux étudiants d’avoir une certaine ouverture vers le monde du libre et de s’empreigner de la culture des logiciels libres.
Cyril > Les choses que les étudiants ressentent & apprécient : compréhensions des licences, fonctionnement de la communauté, compréhension du modèle économique, l’organisation d’événements locaux.
Cyril > 2 types de profils : enseignants utilisateurs de LL uniquement pour les cours et enseignants convaincus de longue date (utilisateurs exclusifs de Linux-like).
Cyril > Nécessite de la part des enseignants une veille technologique assez importante
Cyril > Aspect financier pour les étudiants non négligeable (permet de ne pas débourser de sommes importantes pour du logiciel proprio).
Cyril > (sur question) On peut lancer un diplôme avec peu d’enseignants, actuellement dans le master I2L 3-4 enseignants convaincus de la pertinence du libre, pour le reste les industriels aident).
Cyril > (sur question) Pas d’explication pourquoi il y moins d’étudiants aujourd’hui “fous des logiciels libres”. Possible désenchantement des étudiants envers tout ce qui relève des sciences “dures”.

Présentation de Didier Courtaud

Présentation 2 par Didier Courtaud sur la participation de Mozilla dans les cours de Master MIAGES à l’université d’Evry à travers du pgogramme CoMETE. Pour cette partie du CR sont utilisés les notes sur le framapad de la session.
Didier > Manque de formation universitaires en LL
Didier > Il faut apprendre aux étudiants à collaborer sur de vrais et grands projets
Didier > Le projet CoMETE a été créé comme projet pédagogique
Didier > La qualité des projets varie, mais certains sont vraiment excellents.
Didier > Les étudiants apprécient de collaborer, de s’intégrer dans la communauté LL.
Didier > – cours théorique sur 1 mois par des personnes de la communauté Mozilla
Didier > – utilisation dans des projets réels de la communauté Mozilla et des entreprises (40h / 3 mois)
Didier > – évolution vers le web applications development (à terme firefoxOS market place)
Didier > – évolution vers des projets de 2/3 personnes, l’un recherche et un autre web application
Didier > – tout est géré avec git et github
Didier > Cela reste une MIAGE
Didier > – l’année de M2 est adaptée au libre (c’est une MIAGE, pas un master car possibilité de définir une spécialité sans carcan comme M1)
Didier > – 50 étudiants
Didier > – ils apprennent des méthodes, pas seulement des technologies car le contexte les incite
Didier > Pour proposer un projet, il faut rentrer directement en contact avec Didier Courtaud (didier.courtaud@univ-evry.fr) et Judith Benzakki (judith.benzakki@univ-evry.fr). Condition indispensable: le projet doit bien évidemment être Open Source.
Didier > L’enseignement de FOSS technologies correspond à l’évolution du domaine : les logiciels libres sont utilisés massivement par les industries et il faut prendre en considération cela quand on prépare nos étudiants.
Didier > Le ressenti des étudiants:
Didier > – sont enthousiasmés de développer du “vrai logiciel”
Didier > – entrent en contact avec la communauté qui est généralement bien prédisposée
Didier > – découvrent de nouvelles méthodes de travail qu’ils n’ont pas forcément vu auparavant.
Didier > Au début des développeurs de Mozilla ont contribué dans le diplôme. Aujourd’hui des membres de la communauté témoignent de leur volonté de participer.
Didier > Les étudiants souhaitent travailler en équipe (et non pas une personne par projet comme c’était au début).
Didier > Nous voulons proposer aussi des projets qui durent sur toute l’année et non seulement un semestre. Ces projets seront orientés recherche.

Présentation de Karine Mordal

Présentation 3  par Karine Mordal sur la participation d’étudiants en Licence 3 informatique dans des projets libres dans le cadre d’un cours. Karine a commencé par décrire les spécificité de son cours (“Compréhension de programmes”). Quand elle a été chargée avec ce cours elle a préféré changer un peu l’approche pédagogique et a décidé de demander aux étudiants de travailler plutôt sur des logiciels libres qui représentent de collections de code assez conséquentes.

Karine > Le choix de faire un cours beaucoup plus pratique que théorique.
Karine > Les cours ont lieu en salle de TP, les étudiants viennent avec leur machines.
Karine > On évalue la compréhension du code du projet, la motivation, la qualité des documents rendus, l’autonomie, le travail d’équipe, l’intégration dans une équipe open source.
Karine > Choisir un logiciel open source permet de sortir d’un cadre purement théorique, prendre la mesure d’un “vrai” programme, faire travailler les étudiants sur des cas concrets, poursuivre le cours de réalisation de programmes (cours de L2)
Karine > Le but du cours et d’intégrer une communauté, une équipe.
Karine > On voulait les “pousser un peu”
Karine > Les étudiants pensent qu’il faut 20 ans d’expérience pour toucher à ça, que c’est pas possible.
Karine > C’est à nous de leur montrer que c’est possible et que le logiciel qu’ils ont en face d’eux est à leur portée.
Karine > On a fait ce choix (de l’Open Source) pour la transparence du code, les méthodes de développement adaptées, un mode de communication adéquat, du code de qualité, des outils de développement.
Karine > Pour le déroulement du cours nous avons choisi un certain nombre de projets, établis un premier contact avec un mentor qui fera l’interface avec la communauté. Les propositions de projets ont été soumises aux étudiants.
Karine > Les étudiants sont organisés par groupe de 4.
Karine > Nous adaptons les projets aux étudiants (projet bien adapté au niveau du groupe, bonne connaissance du langage de programmation etc…)
Karine > 8 étapes pour le cours : Prise de contact avec le mentor, installation des outils de développement, compilation des sources, choix du travail à effectuer, développement, rapport de projet, exposé final
Karine > Il faut partir par un petit projet et si le groupe se débrouille bien faire quelque chose de plus compliqué.
Karine > Il est indispensable de : Choisir un projet qui se prête aux objectifs, établir un contact préalable avec les mentors, expliquer aux mentors les attentes pour le cours, écouter les attentes des mentors
Karine > Les qualités pour un bon mentor : être disponible, volontaire, patient, mais aussi exigent.
Karine > La réussite d’un bon projet repose sur “un code source correctement structuré, un investissement des acteurs (étudiants, mentor, profs), un travail régulier, une correspondance entre le projet et les compétences des étudiants, des contours de travail bien définis, l’encadrement des étudiants.
Karine > L’histoire d’une réussite : des étudiants motivés, un mentor dynamique, des échanges dynamiques, une exigence couplée à une aide soutenue, un stage de fin de licence pour l’été.
Karine > On était obligé de demander parfois aux étudiants de travailler moins pour le cours
Karine > Il faut éviter de mettre les étudiants sur des projets trop jeunes (qui changent trop souvent), trop compliqués, avec mentor indisponible, laisser les étudiants sans nouvelles.
Karine > L’histoire d’un échec : un code source qui change (en profondeur) toutes les semaines, des étudiants qui n’ont pas les compétences requises, un mentor qui ne répond pas, la mise en place du projet qui prend la moitié du semestre.
Karine > Les apports du libre dans le cours : appréhender des outils de manière pratique, s’intégrer dans une équipe, contribuer à un projet (grandeur nature), sensibiliser au libre, pouvoir devenir “contributeur” d’un projet
Karine > La plus grande satisfaction est quand à la fin du semestre les étudiants disent “Dans la prochaine version du programme il y a mon nom”.
Karine > C’est gratifiant pour l’étudiant. C’est devenu plus important que la note au final.
Karine > Par contre, les étudiants se découragent vite : il faut les relancer.
Karine > Les étudiants ne cherchent plus la note, mais veulent apprendre, contribuer, participer.
Karine > On arrive à ça même avec des étudiants pas trop brillants au départ.
Karine > La plus grande satisfaction est que les étudiants sont motivés de travailler même quand nous ne sommes pas présents, le projet les a suffisamment motivé.

Présentation de Mathieu Nebra

Mathieu Nebra a présenté le projet du Site du Zéro (SDZ). Il a raconté rapidement le chemin que le site a parcouru entre la version alpha et la version d’aujourd’hui. Il a présenté quelques points qu’il considère comme clés pour le succès du site (méthodologie, pédagogie etc…). Il a fini par une brève description du projet CLAIRE — plate-forme collaborative de cours en ligne en cours de développement. La première version est prévue au courant de l’année prochaine.

Réflexions de Jean-Pierre Archambault

Jean-Pierre Archambault a donné des nouvelles de l’évolution de la question de l’enseignement de l’informatique dans le secondaire. Il a dit que le débat n’est pas du tout clos. Jean-Pierre a fait l’observation que souvent les personnes qui s’opposent à l’enseignement de l’informatique dans le secondaire sont les mêmes que celles qui s’opposent à l’adoption de technologies libres dans d’autres domaines. Il a fait part de son constat que le numérique est partout dans la société et pourtant il n’est pas enseigné à l’école. Ce n’est que depuis septembre 2012 qu’on a une option informatique en BAC S.

Jean-Pierre a comparé l’informatisation de la société d’aujourd’hui à l’industrialisation du 18/19è siècle et selon lui ce processus doit être éclairé par des formations adéquates du primaire à l’université. Cette formation doit chercher à initier les jeunes aux notions centrales de l’informatique : celles d’algorithme, langage de programmation, de machine et d’architecture, de réseau et de protocole, d’information et de communication, de données et de formats etc… Il a partagé certaines statistiques (Commission européenne) sur le nombre de postes qu’on estime à pouvoir dans le domaine du numérique dans les années à venir (750K à l’horizon 2015).

Présentation de Colin De La Higuera

Colin De La Higuera (président de la Société Informatique de France) a fait une brève présentation de la SIF. Structure créée récemment (fin mai 2012). C’est la suite de la SPECIF qui ne remplissait plus ce pourquoi elle avait été créée. La SIF se veut représenter la filière de l’enseignement en informatique en France. Il est utile de parler d’une seule voix quand il y a des enjeux importants. Il est utile aussi pour des dialogues avec le ministère etc… La SIF est donc un partenariat entre CNRS, INRIA, universités qui chercherait à obtenir le statut d’association d’utilité publique. Son but serait de faire reconnaître le besoin d’enseignement en informatique dans les écoles primaires et secondaires et de faire valoir l’informatique comme une science à part entière (face à ceux qui la considèrent toujours comme une technologie de support). Elle se positionne également comme un interlocuteur avec le monde industriel.

Sur la question de l’enseignement de l’informatique (en incluant certaines pratiques du monde du libre) dans le supérieur, Colin a eu une approche particulière. Selon lui peu d’enseignants font de “vrais” logiciels (avec des cycles de vie, développement prolongé, des utilisateurs autres qu’eux-mêmes ou d’autres chercheurs). Pour cette raison principale ils  ont du mal à enseigner le développement de logiciels aux étudiants et d’y intégrer les principes des logiciels libres.

En même temps Colin observe que presque chaque enseignant a préparé le support de son cours. Selon lui il est important de sensibiliser les enseignant sur l’importance de partager les cours, les notes, que d’autres collègues puissent aisément utiliser un contenu. Il considère qu’en passant par la création de documents on peut sensibiliser les enseignants sur les principes du libre concernant la création, l’étude, le partage d’un logiciel.

Ressenti et questions de la matinée

Pendant la matinée ont été partagés des idées et des expériences très originelles et enrichissantes. Voici quelques idées qui sont ressortis des présentations :

  • Les évolutions des différents programmes ne sont pas les mêmes : on retrouve un certain manque de motivation, baisse des effectifs chez certains, tandis que chez d’autres on est témoin à un grand intérêt de la part des étudiants et une volonté de s’impliquer davantage. Quelles sont les raisons pour une telle différence ?
  • Les cours sur des technologies libres motivent les étudiants particulièrement car ils ont l’impression (ce n’est pas juste une impression d’ailleurs) de sortir du cadre théorique et académique et qu’il touche quelque chose de vrai.
  • Certains étudiants sont prêts de joindre une formation expressément en raison des cours sur ces technologies.
  • Il y a toujours des profs réticents qui ne comprennent pas vraiment quelle est l’utilité de l’utilisation de technologies libres à des fins pédagogiques. Comment sensibiliser nos collègues aux valeurs du libre à des fins d’enseignement ?
  • Souvent enseigner ces technologies exige de l’enseignant un effort supplémentaire.
  • Le travail de l’enseignant est complémentaire à celui du tuteur. L’enseignant doit veiller que les étudiants ne tournent en boucle trop longtemps, leur expliquer certains principes du fonctionnement du libre, les motiver quand il y a une baisse de motivation pour ne pas se décourager et abandonner le projet.
  • Il n’y a pas beaucoup d’enseignants qui sont à l’aise avec les principes des logiciels libres pour les enseigner. Comment faire pour former ceux qui le souhaitent en leur offrant une expérience de participation dans un projet libre ?
  • Il faut trouver des canaux de communication plus efficaces pour essayer d’échanger avec des membres du supérieur intéressés par le sujet.

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